Le bonhomme de neige

Je me réveillais avec une sensation cotonneuse. Tout était calme autour de moi. Pas un bruit. Un silence bienfaisant. Pendant une minute ou deux j’essayais de me remémorer ma soirée de la veille. Nous dansions comme des fous avec mes camarades au rythme du vent lorsque soudain, le froid s’était invité. Cela faisait plusieurs jours que les températures avaient fraichit, mais pas à ce point-là. Je me rappelle avoir était figé pendant un temps, puis plus rien.

Je risquais un œil autour de moi. Mes petits camarades étaient là eux aussi, tout endormis. Le paysage tout autour était blanc et silencieux. Le jour était levé depuis peu. On n’y voyait pas autant qu’avec un beau soleil. Les températures étaient encore glaciales. J’étais bien mieux, il y a peu lorsque j’étais au soleil.

Cependant, ce silence, cette blancheur autour de moi rendait le paysage magnifique. Soudain, un cri se fit entendre. Le cri d’un enfant qui découvre ce blanc paysage et qui n’attends qu’une chose, se plonger dedans. Il n’est pas seul, d’autres enfants le rejoignent. Je les vois, je les entends. J’entends aussi mes camarades qui sont ramassés par les enfants et regroupés pour être projetés sur d’autres enfants. J’entends parler de bataille de boule de neige. Heureusement, ils sont loin de moi et me laisse tranquille.

Une voix les interpelle et leur demande s’ils veulent faire un bonhomme de neige. Qu’est-ce ce bonhomme de neige ? Les cris de joie se font plus forts et je les sens qui se rapprochent. Je crains d’être écrasé par leurs pieds ou propulsé à la figure de l’un d’eux.

Je me sens décoller de mon emplacement. Ca y est, je vais finir en projectile. On me frappe, on me façonne. J’attends l’impact. Mais celui-ci ne vient pas. On me soulève maintenant et on me pose délicatement sur une autre boule formé par mes petits camarades. Autour de moi, d’autres camarades sont là également. Encore des frappes, des tapes avant qu’on nous laisse tranquille. Mais pas pour longtemps. La voix qui a proposé de faire un bonhomme de neige tend des objets aux enfants. Je me glisse entre mes camarades pour mieux voir. La voix est une jeune femme. Elle semble diriger les enfants qui l’entourent. Elle leur a donné une carotte et deux boutons. Les enfants, sur leurs petites jambes pose la carotte et les boutons.

Aïe. Je me reçois un bouton. Je râle, je ne vois plus rien. Le bouton m’explique qu’il symbolise les yeux. Il a deux trous et il me guide vers l’un deux pour que je puisse voir. L’un des enfants a un bâton dans la main et s’en sert pour dessiner quelque chose sur le bonhomme que nous formons. J’entends certains de mes camarades nous dirent adieu. Le bâton, en dessinant une bouche, les a chassés du bonhomme de neige. La jeune femme prend ensuite une écharpe qu’elle place autour de notre coup. De simple flocon, je me suis transformé en bonhomme de neige. Ma conscience, celle de mes camarades, des boutons et de la carotte ne font plus qu’une seule et même conscience.

Nous voyons et nous ressentons tous la même chose. Après l’écharpe, la jeune femme dépose un bonnet au sommet de notre tête. Un enfant arrive avec deux petites branches. Il dit à la jeune femme : « il lui manque des bras à notre bonhomme. Je suis allé lui en chercher ».

Nous voici donc complet. Nous faisons connaissance avec les nouveaux arrivants et observons ce qui se passe autour de nous.

Le nuit tombée, le silence revient. Ce n’est pas un silence de mort, un silence imposé, mais juste un calme, un silence bienfaisant.

Les jours passent et se ressemblent. Les enfants vont et viennent autour de nous. Ils continuent à faire des batailles de boule de neige, laissant apparaître, au fur et à mesure, la pelouse qui est en dessous. Puis, ce qui était blanc devient de la gadoue. Certaines de nos camarades s’en vont. Je nous sens ramollir, disparaître. Le soleil tape de plus en plus fort. La température s’élève tout doucement. Bientôt, nous ne sommes plus qu’une flaque d’eau au milieu de laquelle gisent le bonnet, la carotte, les boutons, l’écharpe et les branches qui nous ont rejoints un moment. Je sens que pour moi, l’heure est venue départir découvrir d’autres horizons et peut-être un jour redevenir flocon. En attendant, je suis une goutte d’eau qui s’infiltre entre les racines…

Ecrit le 6 mai 2012 dans le cadre de la Destination 167 : Métamorphose de l'Atelier Ailleurs.

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