« Le Roi est mort ! Vive le roi »

Une rumeur montait dehors et s’amplifiait. Que se passait-il ? Notre roi serait-il mort ? Depuis quelques temps, c’est son fils, le prince Marc, qui avait pris la relève. Le roi Jérôme était régulièrement malade et avait de plus en plus de difficulté à assurer toutes ses fonctions. Comme souvent dans ces cas-là, le prince prenait alors la relève.

Notre supérieur nous confirma la nouvelle et nous avertit que nous serions en congé le jour de la succession. Je n’ai encore jamais assisté à une succession. Il faut dire que la dernière remonte à 1975.

Le soir même, lorsque je fus rentrée, j’allumais la chaine d’information pour en savoir plus sur cet évènement. J’eus le programme de la succession. La journée commencerait par l’incinération du père de notre défunt roi. J’appris ainsi que, pour éviter de surcharger le caveau royal, chaque fois qu’un roi trépassait, son prédécesseur était incinérer et l’urne était placée avec tous les autres rois sur des étagères du caveau. Pendant l’incinération, aurait lieu à Notre-Dame la cérémonie d’enterrement de notre défunt roi suivi de son transport au caveau royal où la place aura été libérée.

L’après-midi, aurait lieu la cérémonie de couronnement où notre prince deviendra notre roi.  Elle se tiendrait à Notre-Dame.

Vint ensuite un récapitulatif des évènements marquant du règne de notre défunt roi Jérôme. Tout en écoutant, je repensais à mes cours d’histoire.

Nous avions été a deux doigts de ne plus avoir de roi. Suite à la révolution, sous Louis XVI, plusieurs de ses conseillers lui conseillèrent de fuir plus d’une fois. La reine Marie-Antoinette l’y incitait également.

Un matin de juin 1791, alors que l’assemblée travaillait à la constitution, notre Roi Louis XVI sembla se réveillé et demanda à prendre la parole. Il fit venir sa famille à cette audience et affirma haut et fort à ses sujets qu’il resterait aux Tuileries tant que sa fonction l’exigerait et qu’il souhaitait travailler avec l’assemblée à la prochaine constitution. Dans les rangs de la famille royale, il y eu des protestations que le Roi calma rapidement et précisa que si certains souhaitaient prendre la fuite, la porte était grande ouverte. Ce que peu osèrent.

Je me rappelle ce point particulier car il fut un moment mémorable du règne du Roi Louis XVI. Lui qui semblait a des lieux de ce qui se passait se réveillait soudain.

En septembre 1791, la constitution fut signée et un grand changement fut adopté. Nous gardions notre roi. Il était limité dans ses pouvoirs sans pour autant être un pantin comme dans certains pays.

Que ce serait-il passé si nous n’avions plus de roi ? Que serions-nous ? Une dictature ? Une démocratie ? Mon ami Frédéric aurait-il pu se marier avec son ami Pierre et adopté des enfants ? Cet évènement entrainait plein de question.

Sous le règne de notre défunt Roi Ludovic, nous n’avions pas eu de conflit majeur. Il proposa une modification du mariage pour que ce dernier soit ouvert à tout le monde, y compris les homosexuels. L’assemblée accepta mais avec une restriction : il ne pouvait y avoir de mariage homosexuel dans la famille royale. Nous savions que le prince devrait quand même se marier et vivre son homosexualité « caché ». Officiellement, il était marié et avait deux enfants. Connaissant ses penchants, l’assemblée avait demandé un test ADN pour confirmer la paternité. Je me rappelle que ça avait fait débat à l’époque. J’étais petite et je ne comprenais pas tout, mais mes parents essayaient de m’expliquer.

Je reportais mon attention à mon poste de télévision où ils faisaient maintenant le tour du monde pour interroger les différents dirigeants quant à leur opinion au sujet de la mort de notre Roi.

En mon fort intérieur, je me demandais s’il y aurait eu moins de chômage si nous étions une république. Quand nous regardions certaines républiques où le dirigeant changeait régulièrement, nous trouvions que tous ces changements impliquaient régulièrement de changement de direction. Avec notre Roi, nous avions une grande ligne directrice pendant de longue période. Peu de chose était défaite pour être refaite différemment. Nous avions pu le constater chez certains de nos voisins. Ils mettaient en place une loi sociale pendant un mandat et au mandat suivant ils mettaient en place une loi pour atténuer les effets de la précédente loi sociale. Cela donnait du grand n’importe quoi parfois.

Nous avions des efforts à faire au niveau social. Pas facile d’être sans travail de nos jours. Nous avons peu de prestations sociales en cas de perte de travail. En même temps, nous pouvons facilement trouver de travail. Les entreprises n’hésitent pas a nous embaucher, même si elles nous remercient quelques temps plus tard. Pas de sécurité de l’emploi, a moins de travailler pour l’administration. Et là, il faut s’accrocher car les postes ne sont pas faciles à avoir et il faut travailler.

Un ami m’a rapporté que, dans un pays qu’il avait visité, les fonctionnaires semblaient se tourner les pouces parfois.

Pour les travaux difficiles, un de nos défunts rois a trouvé une solution adopté par notre assemblée. Utiliser les prisonniers. Ainsi, lorsque l’administration manque de travailleurs, elle fait appelle à cette ressource. Cela nous permet de nous consacré à des métiers « plus noble ».

Dans l’ensemble, de grandes avancées ont été faites, même au niveau social. Nous n’avons rien à envié à nos voisins. Nous avons juste un roi qui tranche dans les décisions et qui propose une ligne directrice.

Comment serait notre monde sans notre Roi ?

 

« Le roi est mort ! Vive le roi ! »

Ecrit le 16 février 2010 dans le cadre de la Destination 132 : En uchronie de l'Atelier Ailleurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *